Le vieux cimetière juif de Prague

Nous inaugurons ce mois-ci une série sur les cimetières les plus connus dans le monde, dans le prolongement des trois grands cimetières parisiens dont nous vous avons parlé l’année dernière.
Ce sont des lieux de recueillement qui portent la mémoire de communauté et de villes entières avec lesquelles l’histoire est intimement mêlée.
Nous vous proposons partir à leur découverte.

C’est d’abord l’histoire d’une ville et d’un quartier
Les premiers juifs ont commencé à s’installer à Prague au Xème siècle. D’abord éparpillée dans toute la ville, la communauté se regroupe à l’intérieur de l’enceinte de la vieille ville, dans le quartier Josefov (du nom de l’empereur Joseph II qui publia un décret de tolérance envers les Juifs en 1781).
Bénéficiant d’une juridiction autonome, le quartier va alterner entre des périodes de persécution, marquées par des discriminations, expulsions et pogroms, et des périodes de prospérité.

Un quartier dont il ne reste pratiquement plus rien
Entre 1893 et 1913, le quartier est détruit pour assainir et remodeler la ville selon un modèle « haussmannien » : ne subsistent que la mairie, les 6 synagogues et le vieux cimetière juif, l’une des plus vieilles et des plus grandes nécropoles juives en Europe.
La date exacte de sa création est inconnue mais la plus ancienne inscription, gravée sur une pierre tombale remonte à 1439. La dernière date de 1787, lorsque Joseph II interdit les inhumations à l’intérieur de la ville pour des raisons sanitaires.

La synagogue Klausen

Un cimetière sur 10 niveaux
La surface de la vieille ville juive était très limitée et le respect dû aux ancêtres décédés n’autorise pas la suppression d’une tombe existante. Le cimetière s’est donc agrandi en longueur par le rachat de terrains mitoyens, mais aussi en hauteur.
C’est ainsi que la communauté ajouta des couches de terre successives pour préserver les tombes les plus anciennes, ce qui explique que le niveau du cimetière soit plus élevé que celui des rues qui l’entourent.

Environ 12 000 pierres tombales
Les pierres tombales furent donc recouvertes, ou relevées à la nouvelle surface, ce qui explique leur très grande densité. Il est donc très difficile de compter les défunts avec précision, nombre de ces pierres marquant la présence d’une personne enterrée sous plusieurs couches.
Si les plus anciennes pierres du cimetière sont très simples, elles furent ensuite agrémentées d’ornements divers (pilastres, volutes, faux portails …) et recouvertes de symboles et de textes vantant les vertus du défunt.

De nombreuses personnalités juives y sont enterrées
Parmi elles, le Rabbi Loewe, dit le Maharal de Prague, qui vécut à une période où la communauté juive subissait des actes d’antisémitisme. Pour la protéger, le Rabbi, qui était également faiseur de miracles, aurait eu l’idée de créer un Golem d’argile.
« Je t’ai créé avec l‘aide de Dieu afin que tu accomplisses la mission Divine de protéger les Juifs contre leurs ennemis. Tu obéiras à tous mes ordres car tu n’as aucune volonté propre ».

La tombe du Rabbi Loewe

Le Golem, protecteur du ghetto
Plus le temps passait et plus le Golem grandissait en force, mais il avait un énorme point faible : il ne disposait d’aucune sagesse car il n’avait pas la faculté de penser librement et d’agir en fonction de ses propres décisions.
Quand la situation des Juifs s’améliora et que le Golem eut achevé sa mission, le Maharal lui demanda de l’accompagner à la synagogue et lui dit : « tu es poussière et tu retourneras à la poussière ». Le Golem redevint un morceau d’argile.
Aujourd’hui encore, c’est une des légendes les plus populaires du vieux cimetière juif, de Josefov et de Prague.

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